Avis en vrac (3)

Mars 2018

J’ai d’abord lu Alice au pays des morts-vivants de Mainak Dahr, aux éditions Pocket jeunesse. Paru en mai 2017 pour la version poche.

J’aime bien les histoires de zombies et je suis assez sensible au marketing Alice, donc lorsque j’ai découvert ce titre j’ai tout de suite voulu le lire. D’autant plus que j’avais déjà lu une « adaptation zombiesque » du conte avec Alice au pays des zombies. C’était donc une super occasion de comparer 🙂

Alice

Mon avis : Sympa.

Une fois n’est pas coutume, je ne suis pas vraiment d’accord avec ActuaLitté ^^ Pour moi le rapport avec Alice au Pays des Merveilles est moins anecdotique et plus intéressant qu’avec Alice au pays des zombies, j’ai apprécié. Et puis je n’ai pas eu de déception sur la figure du zombie : il est mort, il sent mauvais et lorsqu’il mord les humains il les contamine. De ce qu’on sait en tout cas… Contrairement à Alice au pays des zombies où les zombies peuplent « discrètement » le monde actuel sans que cela ne se sache, ici le monde est ravagé depuis plusieurs années. Alice est née dans ce contexte et n’a connu que ça. Sans dire que c’est un chef d’œuvre non plus, c’est un roman qui intéressera des lecteur/trices et qui peut trouver son public, sans doute davantage les adultes. Attention, à partir de la moitié du roman celui-ci devient un vrai récit de guerre : stratégies, géopolitique etc. En tout cas l’ambiance est sympa et j’apprécie de ne pas me retrouver aux USA mais en Inde, ça change !

Et puis j’ai lu coup sur coup trois bande-dessinées avec Blue de Kiriko Nananan (Casterman), Corps sonores de Julie Maroh (Glénat) et La page blanche de Pénélope Bagieu et Boulet (Delcourt).

Trois bandes-dessinées que j’avais envie de lire depuis un moment et que j’ai eu l’occasion de découvrir lors d’un petit voyage à Bruxelles entre ami.e.s : notre hôte avait une super bibliothèque.

Blue

Blue, Mon avis : Contente de l’avoir enfin lu : une histoire d’amour et d’amitié entre deux lycéennes, très épuré et assez juste. Poétique mais sans dissoudre les questions d’identité dans l’esthétique, j’ai apprécié le trait et l’histoire. A noter que Casterman en édite une nouvelle version depuis avril.

Corps sonores

Corps sonores, Mon avis : Histoires d’amour et histoires de sexe aussi, tout le monde est représentés dans cette bande-dessinée. Ça sent d’ailleurs fort le Québec, où se passe le récit et se croisent les personnages. Chouette lecture !

La page blanche

La page blanche, Mon avis : Je suis le travail de Pénélope depuis Ma vie est tout à fait fascinante et c’est un grand plaisir. Dans ce roman graphique écrit en collaboration avec Boulet, une jeune fille se réveille soudainement sur un banc parisien : elle a tout oublié de sa vie. Qui est-elle, comment s’appelle-t-elle, à quoi rime sa vie ? Eloïse retrouve alors ses papiers dans son sac et tente de vivre la vie qu’elle avait avant cette perte de mémoire. Une histoire sympa, un petit suspens appréciable et une belle fin qui aurait pu être condescendante mais se trouve être plutôt source d’empowerment…

J’ai ensuite lu Fans de la vie impossible de Kate Scelsa, aux éditions Gallimard collection Scripto. Paru en février 2017.

Un livre que j’ai lu grâce à Face de citrouille (visitez son blog, il est tout ce j’aime) qui en parle très bien : ici.

Fans de la vie impossible

Mon avis : Un petit côté Xavier Dolan.

J’ai vraiment apprécié cette lecture où un tas de détails ont fait écho en moi. Par plusieurs aspects je me suis identifiée à Mira et son amitié excentrique avec Sebby m’a fait revivre mes 16 ans avec tellement d’amour… J’ai eu la chance d’avoir une amitié belle et forte avec un garçon qui est toujours dans ma vie, et s’il lisait de la young adult je lui dirait « babe, est-ce que tu te souviens comme on était beaux à 16 ans, idiots, et si heureux malgré tout le reste ». Ce roman, qui parlera peut-être plus aux (ex)ados LGBT+, contient beaucoup de justesse et de réalisme qui se trouvent néanmoins un petit peu atténué en fin de récit. Mon plus gros regret est de l’avoir lu si peu de temps après Silence radio (mon premier coup de cœur de l’année) en raison de nombreuses similitudes qui m’ont poussée plusieurs fois à la comparaison.
C’était vraiment une chouette lecture.

Puis super lecture avec Le monstrologue de Rick Yancey, aux éditions Robert Laffont dans la fameuse collection R. Paru en janvier 2017.

Roman croisé de nombreuses fois sur les étalages il me faisait particulièrement envie de par sa couverture et son résumé (mi-épouvanteur et mi-sorcelleur). J’ai lu beaucoup de critiques négatives à son sujet mais j’avais quand même envie d’essayer.

Le monstrologue

Mon avis : Le savant mélange entre naturalisme et récit d’horreur, génial !

Je ne suis vraiment pas d’accord avec les critiques que j’ai lu et je dois dire que je suis même assez fâchée de certains arguments que j’ai pu croiser, notamment sur le « manque d’action ». J’ai l’impression que certain.e.s lecteurs/trices courent après les « blockbuster » littéraires. Certes, chacun ses goûts. Mais un récit n’a pas besoin d’aller à mille à l’heure et de nous faire vivre mille péripéties pour valoir le coup. Ce roman très « 19ème siècle » prend le parti d’une écriture naturaliste sur un sujet fascinant : les Anthropophagi. Alors non, ces monstres n’existent pas vraiment mais avec Le monstrologue c’est tout comme, et c’est ça qui est génial. J’ai vraiment aimé l’ambiance, le récit et toutes les réflexions sur la nature humaine. Attention cependant, à réserver aux lectrices et lecteurs averti.e.s car c’est un vrai roman d’horreur et de dissection 🙂
Dire que j’ai failli passer à côté ! J’attends la suite avec impatience maintenant.

J’ai ensuite lu A quoi tu ressembles de Magali Wiener, aux éditions Rouergue. Paru en octobre 2017.

Recueil de nouvelles traitant de l’adolescence, un livre a priori idéal pour le collège. Mais c’est aussi un sujet qui peut être sensible et je préfère vérifier ce que je fais entrer dans mon CDI. J’ai donc voulu le lire d’abord pour m’en faire une idée.

A quoi tu ressembles

Mon avis :  Ben il n’ira pas dans mon CDI.

Les deux premières nouvelles sont assez potables, pas de problèmes à l’horizon. La troisième par contre m’a mise hors de moi et j’ai été beaucoup plus critique sur les suivantes. Beaucoup de sujets sont abordés, même si c’est assez « blanc-bourgeois » dans l’ensemble. Par contre si on pouvait arrêter, genre VRAIMENT ARRÊTER, de parler d’homosexualité comme un PROBLÈME ?! Ici un ado vit depuis toujours avec deux mères mais subitement il fait un rejet sur celle qui ne l’a pas porté parce qu’il ne peut pas dire qu’il a « un père et une mère » comme tout le monde à l’école. Je ne nie pas que des difficultés peuvent survenir à l’adolescence mais là clairement c’est too much, d’autant que la nouvelle se termine avec une remarque hyper transphobe… Sérieusement stop. On a besoin de visibilité, pas de montrer qu’on est un problème de société.
Je pense que ça peut plaire aux ados mais moi ce genre d’histoire c’est non.

Puis est venu Sauveur et fils de Marie-Aude Murail, aux éditions L’école des loisirs. Paru en avril 2016.

Un succès librairie, une autrice connue et reconnue, un plot qui donne envie… J’ai profité de l’avoir acheté pour le collège pour enfin le lire.

Sauveur et fils

Mon avis : Feel good mais quelques réserves.

Je ne vais pas en parler longuement ici car j’ai adoré ce roman, et puis j’ai lu les suites et j’ai changé d’avis. Malgré le côté feel good et le vrai plaisir que je prends à retrouver les personnages, il y a des choses qui m’ont énormément gênées, notamment dans le deuxième tome. Manque de réalisme sur le travail psy, que je trouve vraiment malvenu et dommageable. Et puis transphobie et méconnaissance du sujet par l’autrice qui n’a selon moi pas le droit de faire ce qu’elle veut de ses personnages juste pour surfer sur un sujet de société. D’autant que ça n’est pas la première fois qu’elle me déçoit avec ça (voir Oh, Boy!). Les élèves adorent, je continuerai d’en parler, mais je mettrais systématiquement en garde sur la violence transphobe.

J’ai enfin lu le premier tome des  Autodafeurs : Mon frère est un gardien de Marine Carteron, aux éditions Rouergue. Paru en mai 2014.

Souvent croisé, succès de librairie, je l’ai commandé l’année dernière pour le collège et j’ai enfin pris le temps de l’emprunter pour découvrir cette trilogie.

les autodafeurs

Mon avis : Pas pour moi.

Plus jeune, j’aurai adoré cette histoire : de l’aventure, des livres, une société secrète, des livres, des complots, des livres… C’est un très bon livre de collège. Mais en tant qu’adulte, certaines choses ne fonctionnent plus avec moi et je n’accroche pas assez à l’ambiance. Et puis le gros point négatif du roman pour moi c’est le fantasme et l’utilisation de la figure de « la malade mentale » et plus particulièrement l’autiste Asperger. Peut-être que je me plante et que ça donne de la visibilité et que c’est chouette… mais moi personnellement j’ai été gênée. Tout a l’air facile, simple, presque « pratique » même et je doute qu’il soit agréable pour les personnes Asperger d’être uniquement représentées comme « utile aux autres » à l’aide d’un talent hors du commun…
Je n’ai pas envie de lire la suite, et si j’en parlerai aux élèves qui peuvent être intéressé, il y a des points à discuter.

J’ai enchainé avec Nos coeurs tordus de Séverine Vidal et Manu Causse, aux éditions Bayard jeunesse. Paru en mars 2017.

J’avais repéré ce livre pour sa couverture et le résumé m’a donné envie d’en savoir plus. Il faisait partie de ma sélection pour les lectures complémentaires des 5èmes sur le thème « Moi, ma famille et les autres » et comme l’exemplaire n’a été emprunté par aucun élève, je l’ai pris pour moi afin de le lire.

Nos coeurs tordus

Mon avis : Très mignon, à lire au collège. Mais toujours quelques petites choses à redire.

Nous suivons plusieurs personnages d’une même classe ULIS (Unités localisés pour l’inclusion scolaire) dans leur quotidien et leurs histoires d’amour et d’amitié. Le sujet est assez bien traité même si il y a des confusions qui me font douter du sérieux des recherches préliminaires (#teamprof). Par contre quelques détails perturbants, que ce soit cet enfant qui prend en vidéo son amoureuse à plusieurs repris sans le lui dire pour ensuite en faire un film et le montrer à tout le monde par la suite (mon coeur de prof-doc saigne, le droit à l’image et le respect sont perdus : cher.e.s élèves, ne faites pas ça), ou encore ce personnage atteint de trisomie 21 qui ne sert pas à grand chose et donc sentiment de malaise un peu en mode « on en a mis un c’est bon ». Assez gênée également du racisme ordinaire : quand le chapitre s’appelle Saïd et que tu sais d’avance que lui, ça va être le mauvais élève du lot, c’est pas bon signe… Mais malgré divers aspects problématiques, le roman est très sympa et se lit très vite. D’autres aspects font donc que je le proposerai volontiers aux élèves.

Et puis j’ai subi avec La chanson d’Oprhée de David Almond, aux éditions Gallimard jeunesse. Paru en janvier 2018.

Ce livre est beau et donne envie. C’est une réécriture du mythe d’Orphée et Eurydice, vraiment ça donne envie. Je me suis littéralement jetée dessus. Sauf que.

La chanson d'orphée

Mon avis : Parodie d’une année en terminale L Théâtre. Abominable et nul.

Qu’est-ce que j’ai souffert avec cette lecture. Un des plus mauvais romans que j’ai lu depuis longtemps… C’était long, ennuyeux et tout sonnait faux. Les dialogues courts qui s’enchaînent étaient nuls. Rien n’est réaliste mais ce n’est pas non plus assez poétique pour être une belle histoire ou un beau moment. Tout est ridicule et franchement je ne comprends pas. J’ai clairement été le public cible dans ma jeunesse mais là, ça ne prends pas du tout. Super déçue.
Ne. lisez. pas. ça.

Pour finir le mois, j’ai englouti Perdue et retrouvée de Cat Clarke, aux éditions Robert Laffont dans la fameuse Collection R. Paru en avril 2015.

Cat Clarke, c’est un peu obligatoire en littérature jeunesse non ? J’en ai lu plusieurs et j’ai toujours été très contente, sans que ce soit forcément des gros coup de cœur mais toujours avec grand plaisir.

Perdue et retrouvée

Mon avis : Très sympa, je recommande avec plaisir.

Une petite fille est kidnappée et sa famille doit vivre avec ce fardeau. Jusqu’à ce que des années plus tard, la petite fille réapparaisse, enfin retrouvée ! Où était-elle tout ce temps ? Comment cette famille va-t-elle vivre cet événement ? Le retour est-il si simple ? Comment trouver sa place ? C’est tout l’histoire du roman et c’est génial car il y a du suspens, des sentiments, de l’émotion. J’ai aimé cette lecture, les rebondissements ainsi que les personnages. Je trouve que la fin est plutôt réussi (ce qui est d’habitude un des points faibles de l’autrice pour moi) et même si on se doute de pleins d’éléments tout le long du récit, finalement ce n’est pas ce qui compte. Le point fort c’est clairement la construction des personnages qui sont tous très crédibles.
Allez, lisez-moi ça.

10 commentaires

  1. Contente de te retrouver par ici. 😉
    J’ai hâte de lire ton avis sur Sauveur et fils, c’est vrai qu’il y a des soucis dedans, mais étonnamment, je n’arrive pas à être objective.
    Au sujet de l’homoparentalité et des difficultés que ça peut créer pour les enfants, je ne sais pas si tu as lu Frangine, de Marion Brunet ? J’avais beaucoup aimé personnellement.
    Et puisque tu parles de Cat Clarke, j’avais bien aimé le traitement de l’homoparentalité dans Opération pantalon, même si ce n’est pas le sujet principal.

    Aimé par 1 personne

    • Oh merci ^^
      J’ai vraiment envie de prendre le temps de parler de Sauveur et fils car il y a vraiment du positif dedans, mais à la fois la violence envers Eliott est si forte… C’étaient mes premiers livres de Marie-Aude Murail (prof-doc en carton haha #imposteuse) et je vais lire Oh, boy! prochainement, puis je ferai une critique développée des quatre Sauveur & fils en même temps.
      Frangine est dans ma wishlist donc pas encore mais prévu.
      Oh oui j’ai vraiment aimé Opération pantalon ! Très bon roman sur le sujet, parfait pour les plus jeunes. Super chouette.
      J’ai bien aimé la famille homoparentale dans un des derniers livres que j’ai lu : « Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série » de Becky Albertalli (Love, simon). J’en parlerai dans mon bilan de juin du coup X’)

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  2. Oui j’avais oublié Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série, c’est vrai que la représentation (en générale d’ailleurs) y est chouette.
    Ah mais tu vois, j’ai lu Oh boy pas si longtemps que ça avant Sauveur et fils (premier Marie-Aude Murail pour moi), et j’en ai vu les problèmes tout de suite ! (et arrêtons là le syndrome de l’imposteur, je connais bien mais je pense qu’on a chacun-e notre culture et que c’est très bien comme ça 😉 )
    Et pour Eliott, tu ne trouves pas que cette violence est crédible, justement ?
    Mais bon, je t’accorde qu’on peut trouver pas mal de soucis dans Sauveurs et fils : l’image de le femme par exemple , et en terme de déontologie de psy on y est pas vraiment non plus (je n’ose imaginer la réaction d’une personne concernée dans mon entourage, par exemple). Pour Elliott, j’ai pu être un peu gênée par la réaction de Sauveur parfois (mais en même temps, ce n’est pas sa spécialité non plus, et on comprend qu’il est un peu démuni de se retrouver face à une personne transgenre), et j’avoue avoir attendu d’avoir lu les quatre tomes, parce que je n’étais pas sûre que le transidentité soit forcément bien traitée…

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    • [Toujours pas lu Oh boy lalala] Alors je vois ce côté crédible des maltraitances du psy, parce qu’en effet on sait que la formation à ce sujet (et à d’autres) laisse à désirer. Le problème c’est qu’il fait un pas en avant quand il accepte de le genrer au masculin et l’appeler Eliott et là BIM ! d’un coup il recule et clairement on voit que l’autrice a soudainement décider de transformer ce personnage trans en tomboy. Et qu’est-ce que ça m’énerve… Sauveur aurait pu douter, se former, et sauver un enfant (et même plus d’un, car je parle du personnage mais je pense surtout aux lecteurs/trices). Et comme j’ai attendu avec « Les porteurs » que finalement le sujet soit bien traité, beh pareil ici, j’attends mais au bout du tome 4 je vois bien que ça ne viendras pas.

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  3. Salut. J’ai également lu La chanson d’Oprhée. J’ai eu la même pensée que toi en voyant le résumé et tout, je me suis dit que cela allait être génial. Une véritable déception. Seulement, j’ai apprécié la poésie qui s’en dégageait. Mais, le fond… Je pense comme toi. Heureusement que c’est une lecture rapide.

    Aimé par 1 personne

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