La lune est à nous ~ Cindy Van Wilder

Maison d’édition : Scrinéo
Parution : septembre 2017
Lu en : décembre 2017
~Plume d’or~

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Mon avis

La lune est à nous est une histoire de parcours adolescents et d’amitié, une histoire d’aujourd’hui, quelque part en Belgique. Les chapitres s’alternent entre Olivia/Olive et Max/Bouboule qui vont se rencontrer, apprendre à se connaitre et traverser les épreuves de l’adolescence plus ou moins ensemble. Des ados différents de ce qu’on a l’habitude de croiser en littérature jeunesse puisqu’ils sont tous les deux gros, qu’elle est noire et qu’il est homosexuel. La vraie vie quoi.

C’est avec la présentation d’Olivia que tout commence. L’autrice nous plonge tout de suite dans l’ambiance : Olive vit avec ses tuteurs (oncle et tante) car ses parents sont portés disparus et déclarés morts après un voyage au Congo dans un contexte politique tendu. Ils ont de l’argent, mais pas vraiment de considération pour Olivia et ses activités. Ses deux frères eux sont déjà partis de la maison. Olive est bénévole au « Dépot », sorte de maison de quartier multi-activités militante, et instagrameuse reconnue. Jusqu’au jour où…
Le personnage d’Olivia est profond et crédible. Peut-etre que j’aurai apprécié d’avantage de développement et de profondeur autour de son identité de jeune femme noire. En effet j’ai parfois eu l’impression que la réflexion sur son physique était davantage centrée sur ses formes, et je regrette également que l’on n’ait pas développé l’histoire autour de ses parents. Sans doute que cela n’avait pas sa place ici, tout simplement.

Le deuxième personnage principal du récit, Bouboule, est le personnage auquel je me suis le plus identifiée. C’est un adolescent en colère, encore dans le placard, qui porte malgré lui le poids du récent divorce de ses parents, déteste sa mère (qui essaie simplement et maladroitement d’assurer dans sa nouvelle vie) et se retrouve à s’occuper de son petit frère tous les soirs. Il vient d’arriver dans cette ville qu’il ne connait pas, il n’a donc pas encore d’ami.e.s. Jusqu’au jour où…
J’ai aimé le point de vue de ce personnage sur lui-meme et le recul qu’il a sur ses actes et paroles. Il est parfois violent verbalement, il ne dit ni ne fait ce qu’il voudrait réellement, mais il se parle beaucoup et s’analyse sans cesse et cela le rends très attachant. Ce qui pourrait manquer selon moi dans le développement de ce personnage, c’est la dimension du rapport au corps, à la masculinité et à ses normes.

On va alors suivre les péripéties individuelles et collectives d’Olive et Bouboule, de leur rencontre à la naissance de leur amitié. Les thématique abordées sont contemporaines et on n’a pas le temps de s’ennuyer en quelques 380 pages rondement menées. Outre les personnages attachants et leurs « aventures », ce qui m’a beaucoup plus dans La lune est à nous c’est le naturel avec lequel l’autrice distille du feminisme tout le long du roman. On croise de l’écriture inclusive, on aborde le non-désir d’enfant, on rencontre un personnage en hijab et on lutte meme contre du manspreading dans le bus !

La Lune est à nous c’est le roman young adult que vous cherchiez depuis longtemps. Celui où l’héroine n’est ni blanche ni mince, où le héros est gros et gay, et où le développement individuel et l’amitié prennent plus de place que l’amour dans le récit. Des thèmes actuels bien traités : enfin un roman où on n’est pas sans cesse sur ses gardes face aux sujets sociaux sensibles.

Plume d’or car :

C’est un roman que j’ai vraiment apprécié pour son coté militant et franchement adoré pour ses personnages. Les sujets abordés le sont avec pertinence. A travers Olivia et Max, on revit un peu notre adolescence. Pas vraiment de nostalgie mais beaucoup de tendresse.

Mon abécédaire [SPOILERS]

B comme… Bibliothèque. Le Dépot bénéficie d’une grande bibliothèque et j’ai adoré la scène où Olivia (re)découvre les livres militants qui la constitue. On croise Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, Beloved de Toni Morisson, Femmes, race, classe d’Angéla Davis, Homegoing de Yaa Gasi ou encore Les Culottées de Pénélope Bagieu. Et puis Olivia tombe pour la première fois sur King Kong Theory de Virginie Despentes. Elle lit les premières lignes et l’on ressent toute l’émotion que c’est, pour la première fois, de lire ces mots si crus, violents et justes. Je me revois moi-meme il y a plusieurs années, découvrir Despentes et cet essai fondamental. Cela n’arrive qu’une fois et là, par procuration, nous avons la chance de revivre ça une deuxième fois. J’ai adoré. Olivia aussi, et c’est ce qui la poussera à se reprendre en main alors qu’elle était dans une situation de dépit face à l’adversité. You go girl !

C comme… Colère. J’ai beaucoup aimé le traitement de la colère adolescente dans La lune est à nous. En effet, plutot qu’un cliché d’ados en rogne pour rien, il y a ici une forme de colère justifiée. Plus encore cette colère est un élément qui fait avancer l’histoire et la vie de nos personnages, qui doivent ensuite en gérer les conséquences. C’est la colère qui poussera Bouboule à faire son coming out auprès de son père, et c’est encore la colère qui amènera Olivia à dénoncer publiquement sur les reseaux sociaux le harcélement dont elle est la victime. Ces reactions soudaines jaillissent après des périodes de frustration et elles permettent à nos personnages d’avancer et de régler des situations dans lequels ils étaient jusque là coincés.

D comme… Dernier chapitre. Petite déception pour ma part quant au dernier chapitre, car après toutes ces épreuves, toutes ces pages en compagnie d’Olivia et Max, j’aurai aimé ressentir plus d’émotions, quelques larmes de joie par exemple, je sais pas. Malheureusement je n’ai pas été touchée par les dernières lignes. Heureusement, j’ai vécu beaucoup d’émotions tout le long de ma lecture.

F comme… Famille. L’air de rien un des sujets réccurents de l’oeuvre, que ce soit la famille dite biologique, la famille d’adoption/accueil dans le cas d’Olivia ou encore celle que l’on se choisit. Bouboule par exemple doit accepter le divorce de ses parents et plus encore les conséquences que cela va avoir sur son quotidien à lui. Il se bat contre la haine qu’il peut ressentir contre sa mère, et toutes les reflexions autour de cette relation sont justes et fines. Olivia quant à elle est dans une situation particulière puisqu’elle n’a plus ses parents et partage son quotidien avec une famille trop différente de ce qu’elle est et qui n’a jamais fait l’effort de nouer une réelle relation avec elle. Les réflexions autour de la blanchité de ce couple qui « l’accueille » sont d’ailleurs intéressantes mais aurait pu etre encore plus poussées selon moi. Ce que j’ai le plus aimé dans le traitement de la famille d’Olive, c’est la discussion finale qu’elle a avec sa tante. On assiste selon moi à de véritables excuses crédibles d’un adulte vers une ado/future adulte, sans complaisance, sans niaiserie, sans retournement de situation absurde. La conversation est crédible et parlera peut-etre plus aux adultes qu’aux ados qui liront ce roman. De toute façon, la « vraie » famille d’Olive, c’est Le Dépot et elle l’explique très bien elle-meme. Je trouve ça important de proposer aux lectrices et lecteurs des situations où parfois la famille qui compte le plus est celle que l’on se choisit, car c’est la réalité pour pleins de personnes et valoriser la famille à tout prix c’est pour moi comme valoriser l’école à tout prix : pas toujours une bonne idée.

G comme… Grossophobie. Thème important de l’ouvrage bien sur puisque nos deux héros sont gros. On aborde tout aussi bien des petites situations quotidiennes humiliantes, du retournement de stigmate, que des réflexions plus larges sur la société et le traitement que cette dernière reserve aux personnes grosses. Il y a une scène qui est particulièrement violente dans La lune est à nous, c’est lorsque Olivia s’apprete à réaliser le Swimsuit Challenge (sorte d’Ice bucket challenge). Cette scène ou un adulte s’en prend verbalement et physiquement à une adolescente sous pretexte qu’elle est grosse et noire est très forte. Elle aura d’ailleurs comme conséquence un changement d’attitude chez Olivia, et surout, la première rencontre de nos deux héros.

H comme…. Harcélement. A des moments différents et surtout sous des formes différents, nos deux personnages se retrouvent victimes d’harcélement à cause de ce qu’ils sont. Le roman apporte du pouvoir et de la capacité d’agir aux lectrices et lecteurs en dénoncant le harcélement, en apportant des solutions concrètes et en valorisant la dénonciation du phénomène. Alors oui bien sur, cela peut paraitre un peu niais de dire simlement « hey, il faut en parler, ne reste pas seul.e, il y a des structures d’aide et tu es dans ton droit » mais le personnage de Bouboule viendra apporter une touche de réalisme au sujet en expliquant comment et pourquoi un élève harcelé ne parle pas. Il va l’expliquer avec clarté et lucidité et cela permet de faire accepter aux lectrices et lecteurs les raisons du silence, tout en leur rappelant comment agir grace à Olivia et ses ami.e.s.

R comme…. Réseaux sociaux. Les réseaux sociaux sont presque comme un troisième personnage tant ils sont centraux dans La lune est à nous, comme ils sont centraux dans la vie des ados d’aujourd’hui, et c’est principalement par le biais d’Olivia qu’ils seront abordés. En effet Olivia est à la tete de Curvy Grace, un compte Instagram très suivi qui lui a permis il y a plusieurs années d’assumer son physique en posant dans différentes tenues. Elle a une très bonne fanbase et tout se passe plutot bien. Elle est alors repérée par Les trois graces, une chaine Youtube beauté/lifestyle qui cherche à remplacer une de leur membres. C’est cet élément déclancheur, associé au Swimsuit Challenge, qui va déclanché l’histoire et le changement d’Olivia. Les réseaux sociaux ne sont ni diabolisés ni valorisés, ils sont traités pour ce qu’ils sont : des outils puissants qui peuvent certes se retourner contre nous, mais également apporter une tribune et un moyen d’expression à certain.e.s. Un moyen de ne pas etre seul.e, de s’exprimer, de se lier. Les coulisses d’une chaine Youtube sont également abordés avec réalisme, y compris lorsque le roman aborde la thématique des networks…

R comme… Rencontre. Le contexte de la rencontre entre Max et Olivia est très particulier car Olivia est dans une situation de détresse et de vulnérabilité extreme au moment où Bouboule la voit pour la première fois. Il lui vient en aide mais cela ne modifie pas l’état de détresse d’Olivia sur le coup car ce qu’elle vit est trop violent. La lectrice ou le lecteur est donc déjà dans une situation émotionnelle très forte mais l’autrice réussit à la perfection à nous emmener encore plus loin dans l’émotion lors de cette rencontre qui pourtant ne dure que quelques secondes. On assiste à une rencontre où les deux personnages se reconnaissent avant de se connaitre, et j’ai encore beaucoup d’émotion en repensant à ce qu’Olivia ressent mais n’exprime pas lorsqu’elle voit Bouboule : « Je te connais ». #weep

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2 commentaires sur “La lune est à nous ~ Cindy Van Wilder

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  1. J’ai apprécié ton article et ta manière de tourner tes phrases 🙂 J’ai vraiment envie de lire ce livre, je le ferais si l’occasion se présente, une jolie histoire avec des personnages que l’on a pas l’habitude de croiser!

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